Un bond dans le temps…

Mai 1978. Cette histoire est vraie. un jeune couple sain et sérieux s’est soudain retrouvé dans un village du Moyen-âge, désert, mais « neuf », mais village disparu depuis longtemps….
Christiane et Jean-Paul C roulent dans leur voiture quelque part dans le Massif central. Ils ont pris une semaine de vacances pour parcourir cette région et prospecter en vue de l’achat d’une maison. Ils résident en banlieue parisienne. Jean-Paul est cadre technico-commercial dans une grande firme d’informatique. Christiane, après des études universitaires, occupe un poste de chargée d’études dans une entreprise de sondages d’opinion.Ils voudraient quitter la capitale, mener une vie moins stressante à la campagne.  Jean-Paul et Christiane C… préfèrent y aller prudemment et mettre toutes les chances de leur côté. Ils ont entendu parler de villages pratiquement abandonnés à la suite de l’exode rural. Pour voir revivre ces villages, les pouvoirs publics seraient disposés à consentir des subventions ou des facilités. Ils quittent la départementale et sont dans une zone de forêts. On leur a parlé d’un village, mais ils ne le trouvent pas et ne voient pas d’indication. Ils décident de s’arrêter pour pique-niquer en forêt. Jean-Paul arrête la voiture et les deux vacanciers trouvent un délicieux coin d’herbe pour y prendre le repas sorti du panier.  Après le déjeuner, ils font une promenade. La voiture est loin derrière, cachée par les tournants du chemin, lorsque, sans transition, la forêt disparaît. Elle ne disparaît pas d’un coup de baguette magique, elle ne diminue pas progressivement de densité : simplement, elle n’est plus là. Christiane et Jean-Paul échangent un regard étonné. Ils sont dans un village… Et s’ils sont étonnés, c’est qu’ils n’ont pas le souvenir d’être entrés dans ce village. Ils ne l’ont pas d’abord vu de loin, ils ne sont pas passés devant les premières maisons, comme le voudrait la logique. Ils marchaient dans une forêt, et les voici maintenant d’un seul coup, dans la rue principale d’un village. Une rue pas très large, en déclivité vers son centre où stagne une eau trouble. Des maisons étroitement imbriquées les unes dans les autres. Des façades de crépi où apparaissent çà et là des colombages de bois.
– Je… je ne sais pas très bien comment on a fait… dit Jean-Paul un tantinet surpris… Mais je crois qu’on a fini par le trouver, notre village !
– Tu penses ? Christiane désigne les maisons. On nous avait parlé d’un village à rebâtir, de ruines à remettre sur pieds… Ce village ne m’a pas l’air si abandonné que ça ! Théoriquement, il ne vit plus ici que deux familles, avec une majorité de vieux. Et toutes ces habitations semblent en parfait état… On dirait presque qu’il va sortir des gens de chaque porte… Tu es certain que nous sommes dans le bon village ?
– D’après la carte, il n’y a pas d’autre agglomération à vingt kilomètres alentour ! On n’aurait pas pu faire une telle erreur de distance ! D’ailleurs, regarde bien : il n’y a personne !
– Tu as raison : c’est désert ! Mon chéri… Je ne sais pas pourquoi, mais je… je me sens bizarre !
– Qu’est-ce qui se passe ? Tu as peur ?
– Non ! Mais je n’aime pas cet endroit ! On dirait qu’il y a… qu’il y a du malheur tout autour…
– Moi aussi, j’ai comme des frissons, depuis un moment et je…
Jean-Paul, soudain blême pointe un doigt incertain vers la rigole au milieu de la chaussée.
– Christiane ! Il gèle ! L’eau ! Regarde : elle est gelée !
En effet, une mince pellicule opaque recouvre une partie du filet d’eau. Christiane, craintive, approche le bout du pied et fait craquer cette pellicule : c’est bien de la glace en formation.
– C’est l’hiver, Jean-Paul ! C’est l’hiver dans ce village !
– Mais enfin,  on devient fous, ou quoi ? Regarde le ciel : il est plombé. Il va neiger !
Christiane répond machinalement :
– Non, il fait déjà trop froid pour qu’il puisse neiger !
Puis elle se rend compte alors de l’absurdité de ce qu’elle vient de dire. Il ne peut pas neiger, ni geler parce que c’est l’été ! Ils ont déjeuné sur l’herbe dans la forêt et il faisait beau. Ce qu’ils sont en train de vivre ici n’est pas possible ! Ils ont relevé le col de leur blouson de toile et ils courent, maintenant. Ils courent droit devant eux, dans ce froid, dans cet hiver impossible qui pourtant les transperce.
Jean-Paul gardera le souvenir vague d’être passé devant une petite église qu’il n’avait pas vue à l’aller. Une petite église qui lui a semblé toute neuve, avec une porte de bois frais ciré. Mais il ne pourrait en jurer. Il n’est plus sûr de rien à partir du début de leur fuite. Car ils sont en train de fuir désespérément cet endroit.
Comment ils en sortent ? Ils ne peuvent pas le dire exactement. Ils retrouvent la forêt, ils retrouvent leur voiture… Et ils retrouvent soudain le soleil d’été. Ils ne réalisent leur chance que lorsqu’ils sont en route depuis certainement plusieurs minutes.
Avant de raconter cette histoire à qui que ce soit, Christiane et Jean-Paul C…  prennent le temps de se ressaisir. Comme ils ne sont plus des enfants et qu’ils ont plutôt l’un et l’autre l’esprit logique, ils ont essayé de vérifier. Ils ont d’abord trouvé le véritable village qu’ils cherchaient. En ruine, celui-là. Les vieux paysans qui y vivent encore n’ont jamais entendu parler d’une bourgade dans les environs ressemblant de près ou de loin à la description de ce lieu bizarre.
Le jeune couple a su rassembler le courage nécessaire pour tenter une exploration nouvelle du lieu de leur aventure. Vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’ils n’ont fait que tourner en rond dans la forêt. A peine ont-ils réussi, en fouillant dans les archives du chef-lieu, à dénicher la mention, sous la plume d’un chroniqueur local, d’un village dont le nom ne nous serait pas parvenu et qui aurait pu occuper approximativement cet emplacement. Mais le chroniqueur, il y a cent cinquante ans, ne mentionnait ce fait que pour émettre des doutes sérieux et parler de légende populaire. En effet, la tradition voulait qu’il ne restât rien de ce village. Tous ses habitants seraient morts, sans exception, après une épidémie de peste noire, au début du haut Moyen Age,  et le seigneur du lieu en aurait, paraît-il, ordonné la destruction totale par le feu. L’ordre aurait été exécuté le premier jour de l’hiver.

 

 

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Auteur : kronaith

Je suis romancière, écrivain, historienne, conférencière, musicienne. Je vis aussi pas mal de phénomènes spirituels et dits "paranormaux, et je m'intéresse à tout cela me permet de discuter de plein de sujets et de vous les faire partager. Ce blog fait suite au précédent sur une autre plateforme en cours de transformation, et qui a jusqu'à 5000 visiteurs par jour.

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