Sorcier brûlé à Grenoble en 1606.

Procès du « sorcier » Nobilibus à Grenoble en 1606
Jamais les procès en sorcellerie ne furent plus nombreux en France qu’au début du XVIIe siècle.
On peut dire que du jour où le royaume de France s’allia avec la famille italienne des Médicis, la reine Catherine ne cachant pas son penchant pour les sciences occultes, le pays connut sa pléthore de voyants, d’astrologues, et surtout de praticiens de magie noire, toutes pratiques condamnées par l’Eglise.
Toutefois, la plupart du temps, on allumait plutôt les bûchers pour de pauvres faiseuses de tisanes, innocentes de tout crime, que pour les gens de la haute société s’initiant à l’Alchimie, usant des poisons pour éliminer toute rivalité, voire pratiquant des messes noires avec sacrifice de nourrisson, ainsi que le fit la reine Catherine de Médicis. L’affaire que je vais vous exposer se tint à Grenoble, en Dauphiné, or, la province du Dauphiné jouxtait alors l’Italie par les principauté voisine de Savoie, alors italienne. Cette proximité amena des Italiens à se fixer dans cette ville de Grenoble.
Le procès d’Urbain Grandier, prêtre, eut un grand retentissement. Par certains côtés, le procès de Nobilibus n’est pas sans évoquer l’affaire Grandier.
Voici ce qu’écrivait en 1606, « au nom des gens tenant la chambre ordonnée en temps de vacations au Parlement du Dauphiné » le sieur Boryn, à Monseigneur de Bellièvre, chancelier de France :
« Monseigneur, il y a quelque temps que à Grenoble, des étrangers profitant de notre bon accueil, se glissent parmi nous, avec des habits de religieux, voire même acceptant de servir des cures pour y exercer leur magie. L’un d’eux nous a dit se nommer Nobilibus, qui pourrait être un nom de diable. Quand nous le prîmes, chargé de bagues ou anneaux, de peaux et parchemins cabalistiques, il était vêtu en religieux de l’ordre de Saint-François, et il s’est dit être gentilhomme romain. Même avec lui, nous attrapâmes un autre de ces maléfiques qui tenait la cure de Brezin près de la Côte-Saint-André. En sa chambre, on trouva des tables couvertes de signes bizarres, des livres de magie blanche et de magie noire, et moult autres objets pour jeter sortilèges et crachouillis sulfureux de Belzébuth à gens de Grenoble et de Lyon. »
Ce Nobilibus avait donc acquis assez de renommée en ses activités sulfureuses, pour œuvrer à la fois à Grenoble et à Lyon, et entre les deux, à la Côte-Saint-André.
Mais qui était donc ce Nobilibus ?
Né à Rome, fils d’un gentilhomme, il s’embarqua pour Venise lorsqu’il avait quinze ans, après la mort de son père. Au cours de la traversée, il fut pris par les turcs et vendu comme esclave, mais eut la chance d’être racheté par un Vénitien, un mois plus tard. Il put ainsi rejoindre sa parenté à Rome. Désireux de se rendre en France, il obtint une lettre de recommandation de la part des franciscains pour les communautés de Lyon. De Lyon, il se rendit à Grenoble où il fut reçu par les franciscains dont il portait l’habit, depuis un vœu qu’il avait  fait lorsqu’il était entre les mains mahométanes pour être vendu comme esclave ou comme eunuque, après les préparations rituelles dans les souks du Caire ou de Damas.
Bref, Nobilibus se fit une réputation d’astrologue, de prestidigitateur, d’alchimiste, et s’était fait ami avec un religieux de l’ordre des récollets qui prétendait tenir du pape, le pouvoir d’absoudre les péchés de sorcellerie. Il usait sans doute aussi de quelque don télépathique, on lui prêtait des savoirs-faire médicaux tirés de la Kabbale. On disait qu’il avait le pouvoir de faire entrer un esprit dans une boule de cristal ; de surcroît, il peignait avec minutie des scènes érotiques. Forcément, il attira l’attention sur lui.
Lorsqu’on l’arrêta, on découvrit chez lui quantité d’objets bizarres, des grimoires, des paquets d’épingles, sur l’un d’eux un billet était fiché indiquant : « Ces épingles ont cousu et piqué un homme mort ; cousu et piqué une femme. »
En même temps que Nobilibus, on arrêta et on tortura Gabriel Castagne, gardien des religieux du couvent Saint-François de Grenoble, * Jeanne Bourgade de Lyon. Tous furent soumis à la question extraordinaire. Le procès s’acheva le 14 Août 1606. Nobilibus fut convaincu de sorcellerie : « Outre que son habit de religieux lui sera ôté », il fut condamné à faire amende honorable en chemise, pieds nus, la hart (corde de pendaison) au cou, une torche ardente en main du poids de quatre livres. Il devra à genoux crier merci à Dieu, au Roi, et à la Justice, avant d’être conduit par le bourreau, devant le parvis de l’Eglise Notre-Dame de Grenoble, place du Breuil, lieu accoutumé des exécutions. Il y sera pendu, étranglé, et son corps sera jeté dans le feu pour n’être plus qu’un tas de cendres. Dans ce feu seront jetés les grimoires, billets, gravures obscènes, parchemins et autres choses de sorcellerie que l’on trouva dans sa chambre ; et lisons-nous en cet arrêt du Parlement de Grenoble, « est aussi condamné à cinquante livres d’amende envers le Roy, et aux dépends et frais de justice le concernant. »
Jusqu’au prononcé de son jugement, jusqu’à ce que le bourreau lui passe la corde au cou, Nobilibus clama son innocence, à tel point que Louis XIII s’en émut et que, instruit de ce procès, il désapprouva la conduite du Parlement de Grenoble et accorda des lettres de grâce à Gabriel Castagne et Jeanne Bourgade de Lyon, condamnés avec lui, le premier ayant été condamné aux galères perpétuelles.
Certains s’émurent de la cruauté des interrogatoires infligés à l’accusé : « Les interrogatoires qu’on lui fit subir –écrit un chroniqueur – furent un modèle de cruauté et de sottise judiciaire. C’est un monument des erreurs de la justice humaine. »
De nos jours, hélas, la justice ne condamne pas assez, la pléthore de marabouts délinquants, de « Professeur » (excusez du titre) ou Docteur… tous droits issus de lointaines contrées, dont le moindre des talents n’est certes pas celui de manquer d’imagination, pour escroquer et abuser dans tous les sens y compris sexuel, du terme, des personnes fragilisées.
* Gabriel Castagne ou Castaigne (de), fut auparavant le révérend du couvent des Cordeliers à Lyon. Erudit, il traduisit des ouvrages italiens.
Parmi ses ouvrages, citons :
-Le trésor philosophique de la médecine métallique. Traduit de l’italien en français, par lui.
et :
Le trésor philosophique de la médecine. Edité à Paris par Charles Sevestre en 1611.
Je n’ai rien trouvé sur Jeanne Bourgade, arrêtée en même temps que lui.

 

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Auteur : kronaith

Je suis romancière, écrivain, historienne, conférencière, musicienne. Je vis aussi pas mal de phénomènes spirituels et dits "paranormaux, et je m'intéresse à tout cela me permet de discuter de plein de sujets et de vous les faire partager. Ce blog fait suite au précédent sur une autre plateforme en cours de transformation, et qui a jusqu'à 5000 visiteurs par jour.

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